saturnZyklon
15 août 2008

“Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse, oblige-toi à tournoyer”.
Cette phrase de René Char m’est récemment venue à l’oreille… Elle exprime je crois cet état d’excès dans lequel je me trouvais lors de la première écriture du texte que je re-publie aujourd’hui, dernier-né de la série /da capo/, datant de l’été 2006. Un excès ? Oui mais qui prend le temps de devenir mesure et souffle.
SaturnZyklon accueille des ambitions que j’osais pour la première fois formuler distinctement. Il les accueille : dans un mouvement de lames, de désagrégation. Kristian Birkeland, spécialiste des aurores boréales mort en 1917, y côtoie un employé d’EMS, un fauve vertical, ainsi qu’un cheval sous ses 4 formes successives : cheval-vapeur, cheval-atomique, cheval-lumière, cheval-imaginaire… Une réflexion sur la mort, sur la post-modernité, sur la cybernétique. Volonté de puissance et condition humaine, la grande politique nietzschéenne en toile de fond.
Deux interludes offraient dans la première version une plage de repos au lecteur : je les ai intégrées dans le flux, telles qu’elles étaient à l’origine. Ce sont maintenant 30 pages d’un seul tenant, un discontinu-continu avec ses différentes vitesses, ses sauts et carrefours rétroactifs. Voilà un texte qui s’offre à l’expérimentation d’un lecteur, quelque part dans le temps, le force à développer une trajectoire en multiplicité à travers les strates enlevées tour après tour par les mouvements tourbillonnaires qui en secouent l’ensemble. Jusqu’à ce que quelque chose craque, à l’image du crâne d’Urizen sur cette gravure de William Blake que j’avais choisie pour quatrième de couverture.
SaturnZyklon est une réflexion sur l’inertie de la conscience de ce que nous sommes. J’y proposais un contre-mouvement : le développement d’une conscience chaotique, “détruisant le cercle parfait de chaque heure, mordant à la tête le cyclone de Saturne”. Dans une époque où la détermination majeure de la conscience d’être est la vitesse de la lumière (électricité, fibre optique, société de l’image), j’ai voulu amener à une vision qui enveloppe la lumière, cette lumière qui nourrit et distingue d’entre les formes. À une vision qui nous révèle dans notre propre étrangeté à nous-mêmes, capable de nous démettre une épaule pour mieux accoucher d’une fleur ?
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