Discontinu continu

1 septembre 2008

Madagascar est le nom d-un territoire constitue principalement de terre emergee, a l-ouest de l-ocean indien… Madagascar est une ile, situee entre l-equateur et le tropique du Capricorne… est une ile de la planete Terre. Je me rends compte aujourd-hui combien ce type d-evidence n-est creux que lorsque ces informations n-ont pas ete vecues. Elles traduisent pour moi aujourd-hui une realite grouillante, une vie quotidienne, des projets, des sensations, des affects, des deplacements mentaux specifiques.

Un cybercafe sur l-avenue de la liberation, clavier a la francaise ou a l-americaine, pour l-instant je nierais donc que le francais soit une langue qui ait besoin d-accents pour etre entendue. J-ai beaucoup pense, ces trois derniers jours, au concept de la ritournelle de Deleuze et Guattari : comment se produit un territoire, d-abord quelque chose qui tient, ensuite comment faire ligne a partir de ce point, comment sortir du chaos, stabiliser un plan d-existence possible, en eprouver les limites, et puis lancer plus loin ses bras, s-aventurer a nouveau, explorer, devenir cosmique. Je remarque a ce propos qu-il me faudra du temps pour parvenir a bien parler de ce que mes sens encore incompletement percoivent du monde qui m-entoure. Les affiner, les affuter. Dresser un couloir d-excavations quantiques a l-interieur de mon corps d-errance, pour capter la seve telle qu-elle-meme se reve.

Hier, invite par le directeur de l-ecole ou je vais enseigner des le 16 septembre, en voiture j-ai traverse Tana la capitale et Tana la suburbaine… defilements de paysages tritures, de lignes ouvragees brisees, mortier, brique, tole, poussiere, comme si la route nous lechait de ses babines rousses, retroussees en lignes de hasards vers les plaines exterieures. Les maisons ne font bientot plus qu-un etage, bientot la notion d-etage perd son sens, on habite, on construit, on s-arrange avec la vie. Plus loin, une riviere ou des hommes montes sur des pirogues attrapent la terre rouge dans des filets. Ils l-amenent sur les rives ou d-autres hommes et femmes en forment des briques, d-un geste precis et rapide. Celles/ci a leur tour sont amenees sur une immense plaine, immense, qu-au premier coup d-oeil je prenais pour un champ de ruine, un champ de guerre… Des fourneaux en briques noircies, en trois etages carres, superposes, jalonnent cette etendue. Des formes humaines s-affairent de maniere erratique, pesant de tout leur poids sur l-oeuvre du jour… Fuite. Nous arrivons chez mon hote, sa femme, ses trois enfants. Un homme de 43 ans, licencie en science naturelle, qui reve de partir en france pour faire un doctorat, qui ne le fera sans doute jamais en raison des complications du systeme de controle et de selection europeen. Un repas de dimanche. D-une telle gentillesse…

Avant de partir, je fume une cigarette dans la petite court, ou, sur une chappe de ciment emaciee, a travers laquelle apparait un ancien dallage de pierre, une fille de sept ans, joueuse et rieuse, accompli pour un public tout trouvé une piece de theatre… dont les roles/titre sont tenus par deux grandioses petits cailloux. Elle les jette et les frappe l-un contre l-autre, produit des etincelles, des morts, des larmes, des rires, de grands sourires… elle ne s-arrete jamais. Et ne laisse jamais mourrir trop longtemps celui que le sort a tué de par sa main : car le voila deja qui rentre dans la danse !

 

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