I’m in love with a fool

12 octobre 2008

Des montagnes de poudre à canon, leurs contours soulignés avec de l’ambre. Visions éclatantes sur cet horizon qui n’est plus ligne mais tableau ou place d’arme, qui n’est plus surface mais brisants des mers profondes, entrelacs haletant d’hier, d’aujourd’hui et de demain, sorti de la gueule de je ne sais quel prophète, pris de court par sa propre voix ! Devant ces échines de feux mats, hautes dans le ciel, des cortèges de lumières en coton… Le vent les étire et donne aux nuages ces formes improbables qui ont déjà commencé à tatouer mon esprit. L’horizon s’arrondit comme le ventre d’une femme enceinte, ou comme le sein de cette mère, tout à l’heure, qui nourrissait son enfant sur le siège du taxi-brousse. Les vallons se resserrent : un col, puis un regain de chair… un autre col où l’horizon se plisse, rocheux, carminé, nu ou presque. Le paysage glisse autour de la route sinueuse. J’insinue un si nu. Et si ? Non, pas comme ça… Un pont, un cours d’eau ; des habits qui sèchent sur l’herbe. Les rizières, en quelques tons de vert encore ternes, et ce carré de menthe tout à coup qui claque en enveloppant tout l’espace, et mâche le fil de mes pensées avec les dents d’un enfant sauvage. Quel rythme ? Quelle forme ? Les rizières, mais le plus souvent de terre retournée, à la bêche, à la main, à la roue, cette roue de fortune et d’infortune qui ride et écorche les lèvres épaisses des gens d’ici, ouvertes sur le sourire éternel d’un peuple sans cesse confronté à sa survie. Que faire ici, qu’être ? Où ? Le présent interpelle. M’appelle entre lui et lui. Je me dis qu’il manque une forme de ponctuation pour exprimer cela. Ce ne sont ni les points de suspension… ni le point d’exclamation ! D’interrogation ? Non plus. Tout est là et tout fuit. Tout vient d’ailleurs et tout revient d’ici. Comment… oui comment au juste ? Je l’ignore ! Je deviens, et cela suffit (doit suffire, peut suffire ? non…). Je deviens. Où est-elle ? Mon aimée me manque. Et cela est devenir ! Devenir ? Devenir… Deviens ! Non. Devient. D’où viens-tu ? Je viens de vient. L’expérience se fait, la production de l’être instille ses durées transversales à travers l’espace, et toutes ces trames entraînent cette conscience soi-disant individuelle du monde auquel nous sommes nés, et nés encore, et encore, tandis que mes tentacules fractales étendent ma psyché à la rencontre d’un monde inconnu, que je sens connaître pourtant ! Le futur me teste en boucle ; et c’est à peine une phrase, plutôt un effort sans cesse reconduit, tendu entre l’insignifiant et l’absolu. Nous ne dansons pas sur de la musique, c’est la musique, dit-il, qui, naît de la danse, qui… naît de la danse, naît de la danse, naît de la danse ?!

 

Publier un commentaire

You must be logged in to post a comment.