L’immensité est mon dû

20 décembre 2008

Revenant à moi par mille autres chemins… une mémoire sillonnée d’élévations, de crevasses, je me retrouvais traversant les terres rocheuses, une fois de plus, une fois de moins, inversé sur mon seuil. Quelle ampleur, mon souffle ? Non entrecoupé, le temps de prendre une allure, alors : sans virgules il n’y avait plus qu’un trésor de sensations intérieures des vrilles de vent chaud où viennent se mêler les odeurs les bruissements de terres de la chair avec son élégance violente je la connais elle m’emmènera loin de l’image-unité de qui j’aurais pu être de qui j’ai été serais. Sans point sans cesse presque sans s’en rendre compte dépassé par le foyer de vitalité qui se contourne et se détourne lui-même à des vitesses qui ne concèdent rien à l’impressionnisme de la sensation mais précisent chaque temps-regard chacun des moments qui regardent en moi par un trait noir de séduction haletante Et la musique descend dans le corps elle donne la nativité à ces passés-là à ces passés à venir de se retrouver hors de ma maîtrise je les bois comme je bois à la disparition qui laissa venir et s’allier à la surface de mon dôme le son des intensités qui font mon mélange et s’ébrèchent et rient lorsqu’elles lâchent la flèche

Le taxi-brousse s’arrête. Je sors, saisir l’air. Vraisemblablement un problème de frein. Le chauffeur et son assistant démontent la roue avant côté passager ; un bord de route, ils criquent sans prendre la peine de faire sortir les passager et commencent à rafistoler leur véhicule avec les outils du bord. Assis à trois mètres de là, j’ouvre un livre… Ceux qui sont descendus du minibus ne manquent de venir jeter un coup d’œil par-dessus mes épaules vers ces lettres imprimées sur papier de sueur. Qu’importe que ce soit de l’anglais, il y a une fascination pour l’objet et, sans doute, pour l’ensemble que forme avec lui celui qui s’y absorbe. Mon bonheur, quand je lis alors Bruce Chatwin citant Walt Whitman :

O Public Road…
You express me better than I can express myself
You shall be more to me than my poem.

Mon corps cible Cybèle sur la route, le bitume les passants dans le village non loin de là les voitures en carosses d’un autre temps, toutes formations de mes nerfs éparpillés dans l’atmosphère traçant les coutours de présents absorbés partis déjà, encore partis encore déjà, j’ai connu tant de terres qui me connaissent ! je suis rythmé par tant d’êtres partis d’un ailleurs oublié ! L’intempestif ne se lasse pas de moi… Je suis une basket au pied de la vie, où elle me traîne je suis, où elle marche je m’élève. Je couronne l’éternité de mes constellations, je glisse avec les grands nuages blancs sur le plan invisible des courants d’air échappés de toutes les portes du monde. Si je suis, je suis, la vie, et alors, alors…

 

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