Sept proverbes à propos d’amour
9 mars 2009
L’amorce d’un cours de philosophie expérimentale sur le thème de l’amour, this magic moment… Elle fut donnée par une réflexion autour de quelques proverbes, de là-bas et d’ici, et d’ailleurs, histoire d’en commencer une, justement, d’histoire, de nous donner quelques fils à suivre et à tisser ensemble, en se laissant le loisir d’aller et venir, de revenir sur nos pas, par monts et par vaux et par temps de soleil, par temps de pluie.
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Le premier proverbe, paraît-il, vient de Turquie : « Pour l’amour d’une rose, le jardinier est le serviteur de mille épines. » Pourquoi celui-ci en premier ? Que répondre, je n’ai choisi que sur l’instant. La rose, à première vue, figure la femme, et le jardinier figurerait l’homme, mais ne peut-on inverser cette apparence ? Certainement. A vrai dire, nous tournons les mots selon nos désirs. La rose ne figure-t-elle pas la relation ? Et l’amour est un jardin, où l’homme et la femme se cultivent l’un l’autre. La relation entre-eux-deux est un devenir-ensemble qui les voit à la fois séparés et unis… transformation. Sous ce front de fusion, quatre yeux deviennent créateurs, qui font toute la différence. Eux deux et la relation qui font trois, le trois dans le quatre de leurs lèvres, le sept du deux fois trois plus un, porté à l’infini de l’incandescence. Commencements.
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Sous ce front de fusion comme sous les vignes d’un portique, d’une entrée en matière : séduction. Et pour ma part je fais une différence entre « drague » et « séduction » : nous ne parlons pas de tombeurs, de playboys, de femmes fatales, nous parlons de la séduction qui saisit autant celui qui séduit que celle qu’il veut séduire, et inversement ; nous parlons d’un saisissement amoureux, pas de tueurs en série, bien qu’eux aussi tombent amoureux, et il serait intéressant de savoir comment — tombent sous cette force où le monde et la volonté fusionnent et font le fondement de toute histoire, au sens humain.
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« Un seul frôlement de manche suffit à faire naître l’amour ». Comment dit-on je t’aime en japonais ? Je passe aux côtés de ces jeunes gens, et les frôle, illustrant ce vocable. A quoi cela vous fait-il penser ? Qu’est-ce que l’amour, s’il suffit d’un frôlement pour le faire naître ? Frôlement de nerfs, d’yeux, frôlement de peaux, et savez-vous l’importance de la peau dans une relation ? Il est des peaux qui se conviennent, qui s’interpellent et s’appellent, des peaux qui se veulent, ti voglio bene amore, les manches larges d’une tunique japonaise, ou le regard timide, à peine humide d’une femme émue, et le sabre qui glisse entre les boutons de toutes les chemises du monde, décachetant les enveloppes des amoureux et laissant se rejoindre la peau tendue de leurs bustes. Il y a des mots et de la culture dans l’amour, dans la façon d’aimer, mais les sens en sont partout le milieu privilégié : « l’amour est aveugle, il faut donc toucher », disent les Brésiliens. Il y a bien des manières d’aimer et d’être aimé, de toucher, d’être touché ; mais c’est d’abord dans la sensation, mêlée au sentiment de l’être, naissant de frottements à peine perceptibles, que l’amour s’allume, comme il y a ensuite des éthiques, voire des morales qui, trop visibles, ternissent la lumière de ce dieu caché.
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Proverbes malagasy, mes élèves ont compris le battement d’aile du papillon. Ils me traduisent ces paroles : « L’amour est plus important que la confiance et l’espérance ». Ce que cela veut dire ? Pourquoi l’amour serait-il premier sur la confiance, l’espérance ? Parce que, lorsque l’amour existe, il n’est besoin ni de l’une ni de l’autre. Elles expriment un amour qui n’est pas, pas encore, ou qui a été, qui n’est plus le foyer débordant mais l’ombre d’une main qu’on ne voit plus, mais le premier flocon du froid. Confiance et espérance sont deux béquilles de l’amour, lorsque celui-ci est blessé, ou incomplet. Toutes deux expriment un manque, mais l’amour, dans sa plénitude… n’a que faire d’être complet ou incomplet, plein ou vide, parce qu’il fait incessamment jouer ces souffles dans tout cet être qu’il dégage de la matière inerte. Et ce n’est tellement pas la question de la proximité corporelle, qu’on soit proche ou lointain, mais c’est peut-être une autre histoire…
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Pause, quelques instants suspendus entre ici et nulle part. J’ai besoin de ressentir, de reprendre mon souffle…
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« L’amour est comme le feu, si on joue avec, on se brûle ». Proverbe malagasy qu’on retrouve sans doute dans un grand nombre de cultures, pour ne pas dire dans toutes. Ce caractère igné du sentiment amoureux, sa volatilité, ses dangers, la prudence qu’il y faut parfois, mais ce qu’il faut oser aussi dans le feu. Ce jeu trop sérieux pour être pris au sérieux. Cette folie qui nous tient pieds et points liés par devers nous pour nous permettre de découvrir ces raisons que la raison ignore. Vous voyez, l’amour, c’est toujours ce qui commence à exister, maintenant, et… maintenant, et… maintenant, et…
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Ce proverbe inventé par un élève : « L’amour est un labyrinthe, où lorsqu’on entre on se perd », oui, c’est ça ! Oui et on pourrait le retourner, répondis-je à la rivière, le tourner ainsi : « L’amour est un labyrinthe, où une fois entré l’on se trouve. » Doux instants de stupéfaction. Nous y sommes… où donc ? Non non, c’est quand qu’il faut demander ! Mais… comment se trouve-t-on dans l’amour ?…
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Mais c’est bientôt l’heure déjà, le gong va sonner, et finissons, alors, mais sur la possibilité de continuer à l’infini ce dialogue, ce multilogue de désirs, d’âmes, d’expériences au présent qui façonnent nos corps et nos élans. « Amoureux est celui qui, en courant dans la neige, n’y laisse pas la trace de ses pas. » Très beau proverbe, tendre, précis. Mais… qu’est-ce que la neige ? Car ils n’ont jamais vu de neige, ils n’ont jamais senti la blancheur immaculée recouvrir les prés et les routes, les herbes, les pierres, l’hiver préparant la terre à de nouveaux reliefs printaniers, et laisser au regard le sentiment que n’importe quoi pourra être dessiné sur cette étendue, qu’il pourra y aboucher sa vie, s’en pénétrer, et ressentir la lumière infiniment reconduite dans ce dédale de virginités. La lumière, la possibilité de toutes les couleurs. Oui, la neige… L’amoureuse, l’amoureux s’y élancent, ils courent, pleins d’ardeurs, mais n’y laissent pas la trace de leurs pas ; ne la marquent de regrets, ni de reproches. Leur mémoire même est perpétuelle remise en jeu. L’innocence du sentiment amoureux.
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