Il y a de cela une semaine, je faisais accomplir à mes élèves de français une dictée, valant pour note, d’un texte dont je leur avais, une semaine auparavant, donné les mots difficiles, les engageant à les mémoriser. Le résultat m’a surpris, et fasciné. Je n’arrive pas du tout à être désolé des 35 fautes qui situent approximativement la moyenne de la classe. Certains sont allés jusqu’à dépasser les 60 ; d’autres, peu nombreux, sont parvenus à en faire tout de même entre 25 et 15. Que faire ? Mais voyons déjà le texte en question, 1) dans sa version originale - c’est le dernier paragraphe du roman Les vagues écrit par Virginia Woolf - et 2) dans une version que j’ai recomposée avec les fautes les plus parlantes de ces jeunes gens.

1) Et en moi aussi, la marée monte. La vague se gonfle, elle se recourbe. Une fois de plus, je sens renaître en moi un nouveau désir ; sous moi quelque chose se redresse comme le cheval fier que son cavalier éperonne et retient tour à tour. Ô toi, ma monture, quel est l’ennemi que nous voyons s’avancer vers nous, en ce moment où tu frappes du sabot le pavé des rues ? C’est la Mort. La Mort est notre ennemi. C’est contre la Mort que je chevauche, l’épée au clair et les cheveux flottant au vent comme ceux d’un jeune homme, comme flottaient au vent les cheveux de Perceval galopant aux Indes. J’enfonce mes éperons dans les flancs de mon cheval. Invaincu, incapable de demander grâce, c’est contre toi que je m’élance, ô Mort.

Les vagues se brisent sur le rivage.

2) Et en mois aussi, la Marie monte. La vague se gonfle, elle se recouvre. Une foi de plus, je son remettre en moi un nouveau mesure ; sous moi quelque chose se regrêce comme le chevale fièvre que son travailler et couronne et routier tour à tour. Au toi, maman tire, quel est l’énemie que nous voyons s’avançer vers nous, en ce maman que tu frappe du chameau le pavé de rire ? C’est la mort. La mort est neutre énemie. C’est contre la montre que je chevosse, le pays eau claire et le cheveux flotont au vent comme se dans un homme, comme flotté avant le cheveux de père cheval galottant aux andes. Jean fonce mais je prend dans le plan de mon cheval. Un vaincu, un capable de demander grasse, se contre trois que je mélange, ou mange.

Le vage se prise sur le privage.

Ce que je trouve incroyable, c’est cette capacité à trouver du sens et du connu, même par bribes, par îlots ou par nuages, et d’essayer de recomposer un texte avec ça, malgré toutes les forces qui s’y opposent. Mon premier constat est que le texte était bien trop difficile pour leur niveau de français. Ma dictée fut pourtant d’une lenteur mémorable, je répétais trois fois chaque petit bout de phrase, en séparant et en articulant autant qu’il m’était possible, et mon second constat sera donc qu’il me faut à tous prix les faire travailler sur la phonétique du français, quitte à aller chercher du côté de la logopédie afin de trouver des exercices valables en ce domaine. De ces deux constats, j’ai pensé un moment ne pas compter cette dictée pour note, mais je n’en ferai rien. Mon sentiment est qu’un nombre de faute n’est effrayant que dans la mesure où on le présente comme tel, jugé par une note. Je vais donc adopter une échelle différenciée, afin de ne pas mettre de note en-dessous de 3, et situer la moyenne des élèves autour de 7. Et ce texte, pour difficile qu’il soit, devra être remis intégralement sur le métier à tisser, afin que nous en retirions le maximum de profit pour leur apprentissage.

L’essentiel de l’opération me paraît être de ne pas leur présenter la chose comme s’ils s’étaient trompés, mais au contraire comme s’ils avaient vu juste. Il faudrait juger de leur résultat non en fonction du texte initial, mais à partir des connaissances dont ils disposent pour retranscrire une voix.

Rapport à la situation politique malgache actuelle, même l’anarchie apparente de l’extérieur a un sens, pour autant que l’on sache écouter de manière immanente le cliqueti des aiguilles qui en dessinent la trame.

 

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