Seuls au monde
22 juin 2009
Qu’est-ce, qu’y a-t-il, à cet âge-là ? On y souffre de manière tellement incommode. L’adolescence… Deux de mes élèves sont venus me voir ces derniers temps, me demandant de les aider, de les écouter surtout, sans les juger. C’est l’histoire d’une jeune fille amoureuse d’un pasteur de 40 ans ; c’est l’histoire d’un garçon sensible persécuté par ceux de son âge. L’expérience humaine de certaines interactions et de certains affects sont décidément partout semblables, bien que la manière de les gérer diffère. C’est saisissant. Comme est saisissant aussi le fait que le tout de ma puissance se trouve, alors, dans mes oreilles ! “Sofina”, quel joli mot.
J’écoute les 12 études d’exécution transcendante de Liszt, dans ma froide province du bout du monde. Les épaules enveloppées d’une converture, tandis que le soleil peine à se dégager qu’une bougie interpelle pourtant du coeur de sa flamme. Les haut-plateaux, à la porte de la chaîne des montagnes de l’Ankaratra, dans la ville la plus haute de Madagascar, ici, entre le tropique du Cancer et le tropique du Capricorne. Je me souviens de Kodaïkanal, une autre ville des hauteurs, c’était en Inde, les singes y côtoyaient les hommes entre les bancs de brume, les fougères géantes, un temple hindou et une église anglicane.
Les yeux enrichis de pareils mélanges, mon propre pays prendra, à mon retour, des parures que je ne lui avais jamais connues. Le 9 juillet… Dans deux semaines jour pour jour, je quitterai Ambatolampy pour ne peut-être plus y revenir. Et je laisserai ces visages, ces âmes, continuer, et mourir, un jour, loin de mon regard. C’est une musique que j’entendrai à tout jamais, ô n’est-ce pas, mon coeur ?
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