A ceux qui se lèvent tôt

23 juillet 2009

“Il y a tellement de questions qui sont demeurées sans réponse… Suis-je vraiment la seule à les poser ?” Dana Scully est effrayée par ce miroir, une scène miroitante d’interlocuteurs-simulacre qui lui renvoient une image mal dégrossie d’elle-même, une image de ce qui, par là-même, apparaît comme son personnage. Qui est Dana Scully ? Qu’est-ce qu’un personnage ? Nos fictions sont-elles des miroirs ? Ou sont-elles des simulacres de fumée ? Je penche nettement pour la seconde éventualité, et voici pourquoi.

Michael Jackson fut en vérité l’un des principaux vecteurs de la grippe A (H1N1). Et sa mort, on s’en doute, est le signe que l’humanité a dépassé un point de non-retour. Plusieurs séries de faits se sont en effet trouvées par là exposées au grand jour, des séries qui ne pouvaient l’être auparavant, tant elles semblaient alors divergentes à l’esprit humain, si dépareillées, en regard de son système de catégorisation majoritaire, qu’il ne pouvait en synthétiser la portée, et ainsi, ne peut maintenant se rendre compte de son destin qu’une fois ce destin franchi les yeux bandés. La crise économique peut être expliquée par les subprimes, la bulle immobilière, etc. Mais personne n’est dupe. La raison de ces emportements, de ces actes maniaques qui consistent à vendre de la valeur à des individus qui, l’achetant, en deviennent les premiers promoteurs : d’où vient-elle ? La réponse nous a été donnée le 25 juin dernier, avec la mort de l’icône de la pop droguée au propofol — l’entendez-vous, ce bruit de bulles de savon qui éclatent ? —, une réponse qui tient en une expression toute simple et facilement assimilable par l’esprit humain : miroir déformant. Il fut certaines époques où l’être humain se regardait lui-même — se connaissait lui-même — face à des portiques de pierre ; aujourd’hui et depuis 50 ans, il s’observe dans des bulles de savon. Michael Jackson symbolise ce destin, le corps d’une croissance effrénée qui engendre des déformations radicales de l’espace-temps sur son passage. Le battage médiatique autour de sa mort n’est pas que le petit drame de journalistes en mal de sensations durant la période creuse de l’été, c’est avant tout l’after effect de ces déformations. Miroir grossissant, nombril énorme, tandis que la tête et les pieds s’étendent sur la surface infinie de la sphère et se perdent de vue. Comment Michael Jackson ne serait-il pas dès lors un extraterrestre ? Cette problématique, au demeurant, est secondaire, puisque tout revient toujours à se demander : pourquoi l’être humain se retrouve-t-il dans une telle situation, et que va-t-il en faire ? Or à rationaliser l’idée que Jackson était un extraterrestre, au sens astronomique du terme, on va nécessairement en arriver à l’idée qu’un plan existe où se rejoignent le réchauffement planétaire, la crise, la grippe, la pop et la lune. Un coup de shaker pour obtenir la résolution suivante : le roi de la pop est un extraterrestre venu de la lune (son fameux moonwalk !) pour séduire l’humanité et la confirmer dans ses velléités de production de masse (lobotomie culturelle, élevage intensif favorable à l’apparition de nouveaux virus, destruction de la couche d’ozone, augmentation des températures, etc. pour ne citer que les effets négatifs, issues favorables à toute théorie du complot, lorsque ne citer que les effets positifs est favorable à une théorie de plan divin) et de transformations biologiques visant à mobiliser l’immobilier génétique (ou faut-il dire le capital ?). Erreur courante — et oui les idées ont des jambes — qui consiste à prendre les effets pour les causes…

Ce ne sont pas nos fictions qui sont des miroirs, ce sont nos moyens de production. Nous réabsorbons ces derniers, soit sous forme de produits, soit par le biais d’intégrations processuelles, couplages et recyclages. Mais les fictions, en tant que produits, ne sont pas destinées à la consommation humaine. Il semble qu’elles soient bien plutôt destinées à la consommation extraterrestre, et par extraterrestre je ne veux rien dire d’autre qu’une territorialité métaphysique, qui, certes, est humaine, mais que l’humain ne s’approprie pas. Les Grecs, lorsqu’ils faisaient des sacrifices à leurs dieux, mangeaient la viande, mais brûlaient les viscères, parties nobles dont la fumée alimentaient les divinités. Car il ne suffit pas de croire aux fées pour qu’elles existent, il faut encore faire acte de foi. Ce qui fait d’un mensonge une vérité en puissance, et d’un désordre frénétique quelque chose qu’on appelle sans y penser “le capitalisme”.

Qui croit encore au capitalisme ?

 

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