Entre-mises à jour

29 juillet 2009

Dans les déchirures d’un midi radieux, au plus bouillant du jour, nous sommes arrivés sur les lieux et nous avons regardé. Regardé. Et regardé… Jusqu’à ce que nos sourcils se soient transformés en deux ailes, dont notre vision devint aussitôt le battement et la propulsion. Nous avons fermé les yeux. Nous les avons rouvert.

Je prends quelques jours de vacances, destination l’est de la Suisse, puis le nord. En attendant, dans cet interstice de possibles, je rends attentif mon lecteur occasionnel à quelques modifications survenues depuis peu sur ces pages. Tout d’abord, ce blog a changé d’adresse, désormais mc.skafka.net/blog. Mais il y a plus important. J’ai mis en ligne la semaine dernière une nouvelle page à l’adresse mc.skafka.net, dont le but est la mise en valeur de mes productions écrites, principalement, mais aussi sonores, picturales et vidéos. C’est le résultat de mes longues nuits malgaches…! N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Enfin, last but not least, la création d’une nouvelle page d’intervention, appelée Dérapage, que vous trouverez à l’adresse derapage.skafka.net. Cette page est libre d’écriture, ce qui équivaut à une invitation. Inscrivez-vous, un mot de passe vous sera fourni, et écrivez… à bon entendeur ! Il y s’agira et il y s’agit déjà d’user la matière du présent croisé chaque jour dans les rues, les rues de Suisse et d’ailleurs. Il y s’agira d’analyses et de critiques, de rires et de coups de gueule, d’amour aussi. Un premier article ouvre le bal, traitant d’affiches vues dans les rues de Suisse et arborant des extraits bibliques à vocation prosélyte. Le ton en est mordant, croisant le genre du pamphlet. Des retours quant à ce type d’écriture seront eux aussi apprécié, en pour ou en contre bien sûr.

Dans un fast-food chinois de la place Bel-air à Lausanne, deux femmes âgées d’environ 60 ans, vêtues de tapisseries bouffantes et chignotées à la façon de deux pies qui aiment tout ce qui brille, regardent le jodle à la télévision et se dandinent sur leurs chaises.

Revenir, rentrer, retourner… tout cela était faux. Cela ne colle pas. Cela ne fait pas sens.

Je viens, j’arrive, oui. Cela oui. J’arrive dans ce pays, la Suisse, j’y suis en visite, je vais y rester un moment, oui. Il y aura toujours dorénavant un départ d’avance dans chaque retour.

Je suis en visite, c’est un drôle de pays, je ne l’aime pas plus que les autres, je l’aime parce que je viens voir des amis, de longue date, et d’autres, oui d’autres mais tous ils sont jeunes, bruts et scintillants, oui, tous, avec leurs poids d’opium et la qualité de leurs métaux.

Je passe et la ligne heurte la matière, et la matière heurte la ligne.

Je suis chez moi dans ce ventre où coexistent ces aspects, ce ventre quantique, moi sans orifice, lointain-étendu, j’ai… oui, moi de sensation-silence. Je suis demeure, direction, pourtour, et avec toi, je te suis entre tes omoplates où mes mille fronts se scindent en se rassemblant. Je suis chez moi parce que je suis chez toi, chez vous, et dans vos paroles qui font parler les blancs, dans ton amitié et la tienne et la tienne et la table que nous dressons de nos dentitions parfaites et de nos bouches de cyclones.

Comme un être assis sur l’aiguille des secondes, et qui aurait compris que pour sauter dans le temps il valait mieux cesser d’indiquer ce qui passe, et marcher jusqu’au moyeu immobile de l’horloge.

Pour y prendre un élan, précisément arrêté.

A ceux qui se lèvent tôt

23 juillet 2009

“Il y a tellement de questions qui sont demeurées sans réponse… Suis-je vraiment la seule à les poser ?” Dana Scully est effrayée par ce miroir, une scène miroitante d’interlocuteurs-simulacre qui lui renvoient une image mal dégrossie d’elle-même, une image de ce qui, par là-même, apparaît comme son personnage. Qui est Dana Scully ? Qu’est-ce qu’un personnage ? Nos fictions sont-elles des miroirs ? Ou sont-elles des simulacres de fumée ? Je penche nettement pour la seconde éventualité, et voici pourquoi.

Michael Jackson fut en vérité l’un des principaux vecteurs de la grippe A (H1N1). Et sa mort, on s’en doute, est le signe que l’humanité a dépassé un point de non-retour. Plusieurs séries de faits se sont en effet trouvées par là exposées au grand jour, des séries qui ne pouvaient l’être auparavant, tant elles semblaient alors divergentes à l’esprit humain, si dépareillées, en regard de son système de catégorisation majoritaire, qu’il ne pouvait en synthétiser la portée, et ainsi, ne peut maintenant se rendre compte de son destin qu’une fois ce destin franchi les yeux bandés. La crise économique peut être expliquée par les subprimes, la bulle immobilière, etc. Mais personne n’est dupe. La raison de ces emportements, de ces actes maniaques qui consistent à vendre de la valeur à des individus qui, l’achetant, en deviennent les premiers promoteurs : d’où vient-elle ? La réponse nous a été donnée le 25 juin dernier, avec la mort de l’icône de la pop droguée au propofol — l’entendez-vous, ce bruit de bulles de savon qui éclatent ? —, une réponse qui tient en une expression toute simple et facilement assimilable par l’esprit humain : miroir déformant. Il fut certaines époques où l’être humain se regardait lui-même — se connaissait lui-même — face à des portiques de pierre ; aujourd’hui et depuis 50 ans, il s’observe dans des bulles de savon. Michael Jackson symbolise ce destin, le corps d’une croissance effrénée qui engendre des déformations radicales de l’espace-temps sur son passage. Le battage médiatique autour de sa mort n’est pas que le petit drame de journalistes en mal de sensations durant la période creuse de l’été, c’est avant tout l’after effect de ces déformations. Miroir grossissant, nombril énorme, tandis que la tête et les pieds s’étendent sur la surface infinie de la sphère et se perdent de vue. Comment Michael Jackson ne serait-il pas dès lors un extraterrestre ? Cette problématique, au demeurant, est secondaire, puisque tout revient toujours à se demander : pourquoi l’être humain se retrouve-t-il dans une telle situation, et que va-t-il en faire ? Or à rationaliser l’idée que Jackson était un extraterrestre, au sens astronomique du terme, on va nécessairement en arriver à l’idée qu’un plan existe où se rejoignent le réchauffement planétaire, la crise, la grippe, la pop et la lune. Un coup de shaker pour obtenir la résolution suivante : le roi de la pop est un extraterrestre venu de la lune (son fameux moonwalk !) pour séduire l’humanité et la confirmer dans ses velléités de production de masse (lobotomie culturelle, élevage intensif favorable à l’apparition de nouveaux virus, destruction de la couche d’ozone, augmentation des températures, etc. pour ne citer que les effets négatifs, issues favorables à toute théorie du complot, lorsque ne citer que les effets positifs est favorable à une théorie de plan divin) et de transformations biologiques visant à mobiliser l’immobilier génétique (ou faut-il dire le capital ?). Erreur courante — et oui les idées ont des jambes — qui consiste à prendre les effets pour les causes…

Ce ne sont pas nos fictions qui sont des miroirs, ce sont nos moyens de production. Nous réabsorbons ces derniers, soit sous forme de produits, soit par le biais d’intégrations processuelles, couplages et recyclages. Mais les fictions, en tant que produits, ne sont pas destinées à la consommation humaine. Il semble qu’elles soient bien plutôt destinées à la consommation extraterrestre, et par extraterrestre je ne veux rien dire d’autre qu’une territorialité métaphysique, qui, certes, est humaine, mais que l’humain ne s’approprie pas. Les Grecs, lorsqu’ils faisaient des sacrifices à leurs dieux, mangeaient la viande, mais brûlaient les viscères, parties nobles dont la fumée alimentaient les divinités. Car il ne suffit pas de croire aux fées pour qu’elles existent, il faut encore faire acte de foi. Ce qui fait d’un mensonge une vérité en puissance, et d’un désordre frénétique quelque chose qu’on appelle sans y penser “le capitalisme”.

Qui croit encore au capitalisme ?