Autrement soi
11 août 2008
Ton départ, aux yeux de ceux qui te connaissent, est une impression, non dans le sens d’un flou, mais dans celui d’un méandre opaque qui redessine leurs paysages de présences. Dans les intimes détresses que l’on ressent, dans ces aurevoirs qui veulent dire “à dans longtemps”, il y a de leurs parts un don de pouvoir, celui de se laisser marquer, et un art de la mesure comme dans toutes les choses humaines. Et pourtant : ce sont eux qui t’ont mis là où tu es. Leurs rêves, leurs joies, leurs crépuscules, ont trouvés en toi la possibilité d’être à nouveau vivants, ils t’ont voulu dans le monde de manière à se vouloir eux-mêmes dans un même élan.
Nuit limite
7 août 2008
La nuit s’allonge à côté de moi sur la table, désinvolte. Comme elle sait se moquer de toute pensée “profonde” ! Les concepts s’élident à son contact, s’affinent et s’éclipsent, comme si elle ne tolérait que les voilures les plus fines, de tulle ou de lumière égarée, raréfiée. L’écran d’ordinateur n’est-il pas trop proche de mes doigst, de leurs dix yeux ? Production de mélatonine déphasée, ma glande pinéale tarde à faire se rencontrer mon âme et mon corps dans le sommeil. A la limite, ce qu’elle peut encore, ce qu’elle veut encore, cette nuit, c’est sa stupéfaction dans l’inconscience. Le silence. Les affleurements minéraux, cristallisations à l’emporte-pièce, fluides, sans attente. L’enjeu n’est pas ou non de penser, mais d’éclairer une pensée sans conscience, qui se meuve doucement à la manière d’un filet à papillon. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire que quelque chose se passe. Je bouge un peu sur ma chaise, mais quoi d’autre ? Je ne froisse qu’en rythmes tacites.