Ça et là, une fenêtre qui claque. Le vent s’est levé, la consistance de l’air a changé. Un flux de fraîcheur tourbillonnante file entre nos volumes pesants, agitant leur lourd grésillement d’été. Les sons s’affinent à mesure. L’air se liquéfie. C’est comme si l’eau commençait par remonter de terre, nous emportant avec elle dans ce courant ascendant. En regardant la ville, je vois plusieurs personnes sortir sur leur balcon, ou à la fenêtre, pour envisager l’atmosphère, se comprendre dans ce changement entrain d’avoir lieu.

Au nord, une masse grise et compacte se profile, désir sans corps, désir d’un corps, dense et rougeoyant sur ses limites. Le soleil du crépuscule caresse ce ventre ; avant que, dans une obscurité d’ardoise et de flou, ce dernier ne se mélange à la gésine de la terre pour former un nouveau cocon, où l’eau contient la foudre et les vents. Tout commence. Toute commence.

Des longues chaînes de pluie desserrent les étaux de la perception. Terre-ciel d’anthracite où s’aiguisent les éclairs, je suis vif. Maintenant ce sont les rafales, les bourrasques et l’eau violente, où quelques humains surpris en pleine rue, rient et, peut-être par chance, partagent le même sort. Les tonnerres nous reviennent dans la lenteur des craquements réverbérés dans les matrices du ciel et de la terre, et puis… L’orage s’éloigne.

On sait qu’il est toujours là, on l’entend, au loin, s’étirer dans l’insoupçonné.

Et on attend : la suite.