Travaux pratiques et considérations théoriques.

1) Une dizaine de mots (commencer par une série de grammèmes d’une seule famille : noms, adjectifs, verbes ; avant de mélanger) que les participants devront chercher à placer dans un ordre rythmique. Exercice de l’oreille, travail de la matière-langue. Faire dériver les mots hors du sens, les déchirer lentement, écouter le craquement des coutures, entendre comment chaque matériau s’atomise puis se dévisse de la bibliothèque du connu et fait tomber tous les livres dans le berceau des transfigurations. Faire parler les participants sur leurs rythmes, voix matérielles, liquéfiées de corps et d’âme, qui goûtent soudain à la saveur de l’esprit.

2) Chaque participant amène un morceau de matière-langue, un texte (poème, journal, définition, narration, etc.) court. Tirer au sort les noms des participants afin de les associer 2 par 2. L’exercice consiste à mélanger les deux textes, à en fabriquer une mixtion volitive, un artefact qui génère sa propre volonté, que ce soit par des chocs de sons ou des tenseurs sémantiques. Que l’œuvre d’art tienne debout toute seule, c’est cela le plus difficile. Recommencer l’exercice avec des groupes de 3, 4, 5, 6, etc. jusqu’à créer un poème avec toutes les personnes présentes en même temps.

3) Comment amener un être humain à sentir la poésie ? Comment donner à voir l’invisible ? Faire comprendre à la vue qu’elle est aveugle ? Faire refluer les catégories, conduire, dans la suite de chariots ailés, jusqu’à l’incompréhensible, et y tenir suspendu. Devenir le nexus de toute volonté qui se veut. Dans la durée ouverte par cette tension supérieure, sentir les relations, les forces qui s’y exercent et par où nos forces y adhèrent ou s’y dissipent, concrétisent ou crèvent. C’est de là qu’on peut lâcher la corde en syntonie du kairos. « Lâché » qui est tout ce qu’on a jamais appelé « poésie ».