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	<title>Eskwander &#187; politique</title>
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		<title>Cinq observations à propos du vote approuvant l&#8217;interdiction de construire des minarets en Suisse</title>
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		<pubDate>Sun, 06 Dec 2009 15:35:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[analyse]]></category>
		<category><![CDATA[droits de l'Homme]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[Suisse]]></category>

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		<description><![CDATA[La votation du 29 novembre 2009, en Suisse, approuvant une initiative visant à inscrire dans la Constitution fédérale l’interdiction de construire des minarets sur le territoire helvétique, m’inspire cinq observations :
Ostracisme et scepticisme envers l’Islam. — Le peuple suisse, avec une participation de 52,7 %,  s’est prononcé en faveur de l’interdiction de construire sur son [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La votation du 29 novembre 2009, en Suisse, approuvant une initiative visant à inscrire dans la Constitution fédérale l’interdiction de construire des minarets sur le territoire helvétique, m’inspire cinq observations :</p>
<p><strong>Ostracisme et scepticisme envers l’Islam.</strong> — Le peuple suisse, avec une participation de 52,7 %,  s’est prononcé en faveur de l’interdiction de construire sur son sol des minarets par 57,5% des voix. Un tel résultat appelle à considérer cette approbation comme dépassant le cercle des partisans de la droite nationaliste : elle fait signe vers des argumentaires différenciés. Ceux-ci, d’une part, ont été influencés par des représentations idéologiques et par la peur dans un repli sur soi d’une partie de la population, magnifiée par une campagne de l’Union démocratique du centre (UDC) disposant de moyens financiers sans commune mesure avec ceux de leurs opposants. D’autre part, ils ont replacés l’Islam dans sa situation géopolitique et axiologique contemporaine globale, laquelle comprend la soumission des femmes à un système patriarcal et la non-séparation des pouvoirs entre politique d’Etat et religion, telles qu’elles existent dans certains pays à majorité musulmane (une autre question est l’autocritique des politiques européennes sur ces sujets). Inscrire l’interdiction de construire des minarets dans l’article 72 de la Constitution fédérale, lequel concerne justement les relations entre Etats et Eglises, va dans le sens d’une volonté de tenir à distance l’opérabilité intégrale de la foi islamique, en coupant court à l’extension indéterminée de celle-ci vers les systèmes politico-religieux qui s’en réclament. Les libertés de croyance et de rassemblement n’étant par ailleurs nullement remises en question, il est abusif d’estimer que ces votations sont dirigées <em>unilatéralement</em> contre les communautés musulmanes de Suisse. Ces dernières sont modérées et en voie de sécularisation, bien loin des représentations issues du post-colonialisme et de l’opportunisme idéologique du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique à la suite des attentats de 2001.</p>
<p><strong>Urbanistique de l&#8217;intégration.</strong> — Là où les musulmans de Suisse se sentent lésés voire attaqués, c&#8217;est dans le refus qui se trouve affiché envers un mode de territorialisation qui leur est coutumier. Le minaret est un symbole phallique au même titre que le clocher des églises, et tout comme lui son utilité principale réside dans l&#8217;appel à la prière. Ce faisant, un tel urbanisme religieux tend à créer un mode d&#8217;inscription dans le territoire par <em>quartier</em>. Refuser les minarets revient donc en partie à refuser que les musulmans de Suisse se réunissent dans une pratique quotidienne et normalisée de leur foi, les poussant à devoir chercher de nouveaux modes d&#8217;inscription dans le territoire. Que cela soit ou non une bonne chose dépend donc d&#8217;une urbanistique de l&#8217;intégration : vaut-il mieux laisser les populations étrangères reformer une société à l&#8217;image de celle qu&#8217;ils ont quittée, ou bien, par de telles lois, les forcer à se déprendre d&#8217;une partie de leur culture ? Ceux qui prêchent la rencontre interculturelle oublient parfois que les populations tendent à rester dans leur coin, et que, s&#8217;il n&#8217;y a pas un mélange orchestré des voix, de telles rencontres peuvent très bien ne pas exister. Corollaire : dans une politique d&#8217;intégration visant la rencontre il faut également contraindre (on saura déguiser cela en invitation, ou en une question de bon sens) les populations suisses qui se tiennent à l&#8217;écart à entrer en communication avec les populations immigrantes. De quelle intégration veut-on ? Veut-on même d&#8217;une &laquo;&nbsp;intégration&nbsp;&raquo; ? De quoi d&#8217;autre ? Et qu&#8217;en est-il de l&#8217;intégration à d&#8217;autres échelles, par exemple de la Suisse au milieu de l&#8217;Union européenne, ou du droit Suisse subordonné au droit international ?</p>
<p><strong>La souveraineté populaire face aux élites.</strong> — Les débats qui ont, en Suisse, précédé la votation, ont été intensifiés par plusieurs constellations d’événements (en ceci il est adéquat de se rappeler qu’aucune décision ne peut être jugée en dehors de ses circonstances spécifiques). Le premier groupe d’événements auquel je fais allusion concerne typiquement l’interdiction des affiches de l’UDC dans certaines villes de Suisse : la démocratie ne peut fonctionner que dans une société qui ne craint pas le débat. Le second concerne les pressions exercées à l’endroit du sujet de l’initiative, selon deux axes principaux : la question des relations politiques et, surtout, économiques, avec les pays à majorité musulmane d’une part et avec le monde capitaliste dans son ensemble d’autre part. Au point de vue politique, les esprits ont été frappés premièrement par la manière dont a été traité « le dossier libyen » concernant les deux individus retenus par le gouvernement Kadhafi : certains se sont senti humiliés par une attitude jugée « soumise » du gouvernement suisse. Deuxièmement, la redondance politico-médiatique d’une Suisse présentée comme pays neutre et patrie des droits de l’Homme tendait à passer sous silence sa réalité intentionnelle d’Etat de droit gouverné par un peuple souverain. Au point de vue économique : outre la menace de la perte des marchés des pays à majorité musulmane, brandie par certains milieux économiques, la Suisse a joué il y a peu le rôle de bouc émissaire pour les économies capitalistes prises dans le marasme de la crise financière ; et alors que cette problématique relève d’une responsabilité systémique, le gouvernement suisse a donné là encore des signes de faiblesse, en acceptant de devenir la caisse et l’étendard de sociétés privées. La population suisse, dont les médias et le monde politique avaient « prédit » qu’elle se prononcerait contre cette initiative, en l’approuvant donne un signal à ses élites et à son gouvernement.</p>
<p><strong>La Suisse, tache aveugle de l’Europe.</strong> — Les peuples des nations composant l’Union européenne concèdent chaque jour un peu plus de leur souveraineté. Le vote français de 2005 contre la ratification du traité de Rome, et la manière dont le gouvernement Sarkozy a ignoré cette décision en faisant passer en 2008 le traité de Lisbonne par voie parlementaire, en dit long. Les peuples européens (Suisse y compris) sont gouvernés par une aristocratie qui pense en terme d’économie, et ignore les problèmes culturels qui se posent dans le monde contemporain. La Suisse, avec sa démocratie semi-directe, au milieu d’une Europe démocratiquement faible, aura constitué avec cette votation la tache aveugle de l’Europe, le lieu d’où reviennent vers elle les problèmes qu’elle ne s’est pas donnée les moyens de voir. Que l’intérêt des pays européens, au point de vue de la puissance, se trouve dans l’union régionale, et que la démocratie telle qu’elle est pratiquée en Suisse ne soit pas viable pour les pays de l’Union dans de telles conditions, c’est <em>l’image</em> que renvoie aux peuples européens cette décision du peuple suisse. Dans le contexte international contemporain, la puissance nationale, telle que défendue par les partis nationalistes, est un leurre. Par contre, la question de savoir à quelles valeurs l’Europe veut adhérer, et de savoir si l’hypocrisie en fait partie, sont on ne peut plus concrètes. Or ces problèmes ne concernent l’Islam qu’à l’intérieur de la question globale des valeurs, ce qui m’amène à la remarque suivante.</p>
<p><strong>Droits de l’Homme et nihilisme.</strong> — La pression exercée contre cette initiative par les défenseurs des droits de l’Homme, ce mot d’ordre du Grand Consensus repris en cœur par les gouvernements des nations européennes, participe au règne d’un politiquement correct qui favorise l’effacement des différences culturelles au bénéfice d’un égalitarisme profitant à l’économie capitaliste. Typiquement, l’égalité hommes-femmes et la liberté de croyance sont deux principes contradictoires, dans la mesure où le premier implique l’interdiction de croire à son contraire ; et l’on voit comment cette question se pose de manière aigüe non seulement en face de certaines pratiques de l’Islam, mais aussi en face de certains mouvements chrétiens fondamentalistes, et en face de la question de la représentation de la femme telle que véhiculée par les sociétés du spectacle et de la consommation. Plus globalement, le problème des droits de l’Homme est le suivant : si l’on promeut à la fois la liberté de croyance et l’égalité des races, des sexes, des âges, etc., on se retrouve devant la nécessité d’affaiblir <em>et</em> la liberté de croyance <em>et</em> les égalités, afin que leurs contradictions potentielles s’affaissent d’elles-mêmes. S’il n’existe pas de hiérarchie entre ces valeurs, nous sommes en présence d’un relativisme politique, qui a pour pendant philosophique un nihilisme défini comme absence fondamentale de valeur. Cette dernière n’étant relevée à l’heure actuelle que par l’éthique productiviste du capitalisme, la perte de vitesse du capitalisme engendre une crise des valeurs à laquelle les droits de l’Homme, dans leur forme actuelle, ne sont nullement en mesure de répondre.</p>
<p><strong>Honte et tolérance.</strong> — La politique ne pouvant se passer de critères discriminants, ce qui existe de plus en plus, en Suisse et dans tous les pays qui se réclament des droits de l’Homme, c’est un nouveau type de jugement basé sur les comportements. Comme l’assertion selon laquelle « 57,5 % des votants sont racistes » est une généralité sans valeur concrète, il fallait d’emblée chercher à nuancer ce résultat et à questionner les comportements qui y ont aboutis. Les opposants à l’initiative ont parlés d’un vote de l’intolérance et sont descendus dans la rue pour manifester contre ce résultat, en accusant leurs contradicteurs de racisme et en exprimant la honte qu’ils ressentaient à leur égard. Cette honte étant la résultante affective d’un jugement de valeur, ils se retrouvent de fait dans le paradoxe de l’idée d’« intolérance », et dupe du manque de discernement propre à la sphère médiatique qui se laisse abuser par des représentations de partis (typiquement « la gauche contre la droite »). En l’occurrence, nous avons vu plusieurs comportements se manifester au travers de cette votation : ostracisme religieux et ethnique, scepticisme à l’égard de l’Islam dans son extension indéterminée, révolte contre l’attitude résignée du gouvernement suisse, fierté exposée au regard du gouvernement Kadhafi et plus généralement au regard du monde, révolte contre le racisme, promotion des droits de l’Homme, défense de l’Islam modéré, volonté de mise en relief des problèmes sous-jacents à une société capitaliste en perte de crédibilité ; et cette liste reste à compléter. Mais juger ces comportements d’un œil moral et désincarné, en séparant ceux qui se rapporteraient au Bien de ceux qui se rapporteraient au Mal, est la voie qui conduit le plus sûrement à la dictature d’opinion.</p>
<p>Pour que s’ouvre effectivement un débat&#8230;</p>
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		<title>Parades extraordinaires de Sire Léonard au pays des Helvètes</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Dec 2009 13:25:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lorsqu&#8217;il devait aller à droite, il allait à droite mais pas exactement. Lorsqu&#8217;il devait prendre à gauche, il prenait à gauche mais pas exactement. L&#8217;exactitude était paraît-il une vertu helvétique, mais cela n&#8217;était pas exact, du moins pas tout à fait. Si quelqu&#8217;un savait ce qu&#8217;était exactement la gauche, on le suspectait, et de même, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsqu&#8217;il devait aller à droite, il allait à droite mais pas exactement. Lorsqu&#8217;il devait prendre à gauche, il prenait à gauche mais pas exactement. L&#8217;exactitude était paraît-il une vertu helvétique, mais cela n&#8217;était pas exact, du moins pas tout à fait. Si quelqu&#8217;un savait ce qu&#8217;était exactement la gauche, on le suspectait, et de même, quelqu&#8217;un prétendant savoir ce qu&#8217;était exactement la droite, on le suspectait. Ce qui au demeurant n&#8217;est pas tout à fait exact. Certaines personnes le suspectaient, et certaines autres donnaient crédit à son savoir. Donner du crédit permettait à son tour de s&#8217;accorder ou de s&#8217;opposer, d&#8217;être fier ou d&#8217;avoir honte, suivant que l&#8217;on voyait le monde à la mesure de son centre, ou la gauche à la mesure de sa droite. Et la plupart prenant le parti de l&#8217;un ou de l&#8217;autre, et vice versa, personne ne savait exactement, d&#8217;instant en instant, où était la droite et où était la gauche.</p>
<p>Sire Léonard, ceci dit, n&#8217;est pas un natif de ce pays. Et pourtant, si quelqu&#8217;un pouvait l&#8217;être avec exactitude, nul autre n&#8217;aurait mieux correspondu à cette description. Et pourquoi donc, demanderez-vous ? Parce qu&#8217;il était exact mais pas tout à fait. Lorsqu&#8217;on lui proposait une direction à suivre, il commençait par demander qui était celles et qui étaient ceux qui lui faisaient pareille proposition ; ensuite il demandait par où passait le chemin, à gauche de quoi, à droite de quoi ; enfin, il demandait la destination. Il faisait son choix en fonction et se mettait en chemin, tournant ici et là, par les forêts et par les lacs, et caetera et caetera. Il savait très bien où il allait. Ou, pour le dire plus exactement, il savait où il n&#8217;allait pas.</p>
<p>Et c&#8217;est ainsi qu&#8217;un jour il prit un chemin qui le menait là où il n&#8217;allait pas, et il le savait très bien. Un grand silence précéda ce tremblement inouï : voilà, il y était. Il avait franchi le pas. Presque sans s&#8217;en rendre compte. Il n&#8217;était ni à gauche ni à droite, dans aucun des sens qu&#8217;il avait entendu ou s&#8217;était vu indiqué par d&#8217;autres. Il avait pris une décision, se démarquant du savoir de ceux qui savent. Et l&#8217;inexactitude de sa décision traversant l&#8217;infini devint tout à fait exacte, comme la ligne qui traverse l&#8217;infini demeure une ligne tout en devenant cercle.</p>
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